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COGITARE: RENOUVEAU ET ARGENT PUBLIC par Hippolyte Nwal

Chaque période dans l'Histoire d'une nation a toujours eu sa part d'apports en termes de nouveautés. Elle a aussi ses effets de mode, certaines passant juste, tandis que d'autres s'installent, pour faire dorénavant partie des us autant que des moeurs. Le Renouveau n'y a pas fait exception: tout observateur averti a pu en effet assister au bouleversement progressif, mais profond de la société camerounaise tout au long de cette période, vieille de 34 ans a ce jour.

Il ne serait pas honnête de faire l'impasse sur les changements heureux, moins visibles, certes! La nature humaine reste juste encline à s'attarder sur les choses qui ne vont pas, ce que l'on qualifie d'habitude de points négatifs.

Dans le domaine de la communication notamment, le Renouveau a fait du borborygme tout un art. Cette manière devenue si courante, de s'exprimer par énigmes soit au moyen d'une gestuelle volontairement approximative, soit par des onomatopées souvent gutturales, faites de bégaiement aussi; bref un langage inaudible car "peu articulé", pour reprendre l'expression chère au professeur Fabien Eboussi Boulaga!

C'est souvent aussi que l'on peut entendre les oreilles chastes s'émouvoir et se plaindre de l'immixtion aussi grossière que massive de l'érotisme dans l'art musical, au point de faire de certaines chansons autant que le spectacle dansant qui les accompagne de véritables allégories pornographiques.

L'argent public sous le Renouveau est sujet plutôt tabou: il ne faut jamais en parler, jamais demander d'où il vient, ou il part, comment il est dépensé. Il est noyé dans tout un océan d'opacité. C'est néanmoins eu égard a son maniement et a la manière dont est gèré l'argent public que le Renouveau laissera la marque la plus durable dans les moeurs et dans les esprits. Comparé au magistère précédent, le Renouveau apparaît comme un modèle de légèreté dans la gestion de la fortune publique. Cette légèreté doublée de permissivité, est sans doute a l'origine de l'apparition dans le paysage, d'une génération spontanée de multi-milliardaires au sein de la haute et moyenne Administration.

Surgies de nulle part, on a vu fleurir nombre d'habitudes jusque là inédites et inimaginables, telles ces Percepteurs et Trésoriers Payeurs exerçant clandestinement le métier de Banquier prêteur avec de l'argent public dont ils ont la responsabilité, contre rémunération personnelle pour service rendu. En rapport avec l'argent public, on pourrait entre autres phénomènes signaler l'apparition d'une nouvelle forme de vol, non encore identifiée par le Code pénal Camerounais: le vol par Borborygme! Celui-ci consiste simplement à déposer en toute tranquilite, de l'argent public  sur un compte bancaire privé : celui du Ministre, ou bien du DG, etc...; et attendre ensuite:

Si davanture la disparition était constatée par les Services de contrôle et que la menace venait à se préciser, l'argent est tout naturellement remboursé en évoquant le souci de le mettre en sécurité- la main sur le coeur par pur "patriotisme"; les intérêts produits dans l'intervalle restant une remuneration acquise. En revanche, les cas doivent être bien nombreux, ou la disparition n'est pas constatée soit du tout, soit assez tôt du vivant de la personne en charge. Il s'agit-la de quelques-unes unes des conséquences de la sous-informatisation, sans doute volontairement voulue et entretenue par le système. Car sans un outil informatique adéquat alimente par une source d'énergie fiable et permanente, la traçabilite ne peut être garantie. Cela emmène fatalement à se poser d'autres questions et a force, on se surprend à éprouver le sentiment d'un malaise vaseux, où on ne sait plus ou commence l'Etat, et ou il s'arrête, à se demander que sont devenues sa force, son autorité; Car on se sent presqu'impuissant devant l'idéologie tant martelée ou l'homme se substitue à la puissance publique, aux Institutions! Entre la multiplication de caisses noires dites souveraines, échappant à tout contrôle, la pratique consacrée de lourdes surfacturations autant que des marches dits fictifs, la pratique discrétionnaire du gré à gré à connotation souvent tribale, qui n'est pas moins une autre fabrique de milliardaires spontanés grâce à la surfacturation cachée derrière une opacité mafieuse; la multiplication de plans d'investissements d'urgence decretes en parallèle et hors le cadre budgétaire traditionnel, on se

surprend à penser au 6 avril 1984! On se surprend à penser en effet, au discours du Lieutenant Yaya Adoum porte-parole des insurges, qui évoquait dans son propos une "Bande a Biya...". L'absence de lisibilité autant que de visibilité aujourd'hui sur fond de dérive autoritaire et répressive, sont tels que la majorité des Camerounais auraient préfère une réalité s'inscrivant en démenti du discours de l'infortune Lieutenant.Ils étaient pourtant descendus en masse dans la rue a l'époque, pour marquer leur soutien au régime, alors en proie à la contestation armée. J'étais du nombre,...à Paris!!

Par Hippolyte Nwal, Business Consultant Philadelphia, USA

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