Dans ce carré feutré presque surréaliste, la promiscuité rapproche les verres, simplifie le contact, le contenu aidant. Des conversations s’engagent entre inconnus, entre deux puis plusieurs. L’espace d’une rotation complète de la grande aiguille, cet endroit purement fonctionnel, autant utilisé habituellement par les usagers que par les employés, s’emplie de ceux dont Morphée ne veux point ou du moins pour l’instant. Ceux là s’abandonnent à son frère Bacchus. Une forte odeur d’un élixir unique que constitue le mélange des senteurs d’eau de vie, de chaleurs corporelles et de ces effluves artificielles qui se soustraient aux nôtre, flotte et aiguise nos narines en même temps que les gorges s’apaisent sous les effets répétés de ces liquides qui nous désaltèrent. Les pensées sont de plus en plus désinhibées, nous sommes qui nous sommes et non plus qui nous sommes devenus. Certains réussissent à s’extraire de cet agglutinement et se réfugient dans un coin. On sent les regards complices ; complice d’avoir plus ou moins longtemps souffert de cette même absence, complice de ce même désir, cette même envie… Plus que quelque heure… On tue le temps comme on peut, on s’abreuve, on rie, on flirte …on attend…
Quelques heures plutôt, le souffle court, délesté du poids de cette charge que je traîne depuis la matinée, je peux enfin presser le pas. Plus que quelques minutes, elle ne m attendra pas! Les souvenirs de la matinée me rattrapent: le réveil, la salle de bain ensuite tout s’accélère. Comme à l accoutumé je serai limite, si elle a de l’avance je serai trop juste. Mon cœur s’accélère, ça fait des années que j’attend cela, la prochaine possibilité sera… je ne sais quand … la semaine prochaine et encore il faudrait qu’il puisse me reclasser…et encore…
L’esprit encore nébuleux, les pensées toujours aussi subversives, les yeux comme les jambes engourdies peinent à reprendre du service, ankylosés. La tendre secousse me fait peu à peu reprendre conscience de l’endroit où je me trouve, de l’altitude. L’excès d’envie de décompression et l’usage abusif de ce breuvage alcoolisé m’avaient transporté, ramené dans les bras de Morphée dont je m’étais échappé quelques heures plutôt.D’interminables secondes s’écoulent, autour de moi dans cet exigu espace, on respire la même atmosphère, la même excitation, la même euphorie. Au devant de ces visages impatients, s’ouvre enfin la précieuse porte. Avec elle, s’ouvre une étouffante atmosphère qui rappelle à mon corps ce mécanisme presque oublié de production et d’évacuation physiologique sensé compenser le brusque changement de température. Ne ressentant presque plus la charge sur mon bras droit et ignorant l’engluement de mes vêtements au raz de mon épiderme, je me fraye un espace et j’avance dans la nef.
Cette familière atmosphère me fait penser au chemin parcouru : 20 ans déjà! Je faisais le chemin inverse, le corps lourd et l’esprit léger. Ignorant la liesse ambiante et au delà des factionnaires de service, je scrute d’un regard panoramique la scène bruyante à la recherche d’un regard familier. Soudain, une voix fait taire l’assistance en un cri qui s’élève : GGuuyyyy…
Yaoundé 31,5°…me voici
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